Le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le Sida en partenariat avec Enabel, Agence belge de développement, a organisé un atelier de capitalisation des expériences de la digitalisation du 24 au 25 février à Gitega au centre du pays. Les participants ont discuté des avantages de la digitalisation des structures sanitaires et les défis à leur mise à l’échelle. Des recommandations ont été formulées à la clôture pour répondre aux difficultés identifiées.

« Aujourd’hui, une vingtaine d’hôpitaux sont informatisés. D’ici la fin de l’année, 60 % des hôpitaux au Burundi seront digitalisés », a révélé Dr Etienne Mugisho Soron’gane, Coordinateur des projets de santé au sein de l’Enabel.
Il a fait comprendre qu’on est aussi en train d’informatiser les centres de santé : « On a déjà l’expérience de 200 centres de santé qui utilisent déjà les outils digitalisés d’aide à la décision médicale. Et on va continuer avec la digitalisation des autres formations sanitaires dans tout le pays ».

Et de souligner qu’avec le plan national de digitalisation des services sanitaires, on a déjà informatisé la maintenance des équipements biomédicaux dans les hôpitaux à travers la gestion de la maintenance assistée par l’ordinateur (GMAO). « On a également mis en place un cursus de formations continues avec l’Institut National de la Santé Publique (INSP) pour former les prestataires de santé sur l’utilisation des applications digitalisées ».

Il a précisé que l’on prévoit la création d’un identifiant unique pour chaque patient : « Dès que le patient entre en contact avec une structure de santé, on lui donne un numéro, ce qui facilitera son identification dans n’importe quelle autre structure sanitaire dans le pays ».

D’autres applications en cours de développement

Selon le coordinateur des projets santé à l’Enabel, il y a pas mal d’autres applications qui sont en cours de développement. Il énumère entre autres la mise en place d’un centre de recherche et de formation en informatique de santé au niveau de l’INSP, l’informatisation de la Carte d’Assurance Maladie (CAM), la gestion de la chaîne logistique et pharmaceutique ainsi que la messagerie professionnelle et un agenda électronique qui seront établis au ministère de la Santé.

En outre, il ajoute que la digitalisation de la surveillance épidémiologique, et la standardisation de la nomenclature pharmaceutique, des examens de laboratoire et des prestations de santé font partie du plan de la digitalisation des services de santé.

Dr Etienne Mugisho estime que la digitalisation réduira de façon drastique l’utilisation des papiers : « La double saisie sur papier et sur outil informatique est révoltante et insupportable pour ceux qui sont basés dans les formations sanitaires. Cela crée une surcharge de travail ». Et de demander que l’effort d’utilisation des outils digitalisés soit salué et récompensé à travers différents mécanismes, notamment par le Financement Basé sur la Performance (FBP).
Il salue la mise en place par le ministère de la Santé d’une plateforme de stockage des données agrégée, ce qui fait que les données soient enregistrées en temps réel.

Selon lui, Enabel a appuyé la volonté du ministère de la Santé de créer un plan national de digitalisation et continuera de travailler avec le gouvernement burundais dans le sens du développement et de la digitalisation.

Les avantages sont énormes

« La digitalisation du système de santé au Burundi est primordiale pour la contribution à l’objectif d’accroissement de l’accessibilité à des services de santé de qualité pour la population », a souligné Jean Baptiste Nzorironkankuze, secrétaire permanent au ministère de la santé publique et de la lutte contre le Sida. Et de renchérir que la digitalisation représente un enjeu majeur dans le monde médical des pays en développement dans l’avenir.

Pour lui, les avantages de la digitalisation des structures sanitaires sont entre autres l’amélioration de la qualité des soins, gains de temps pour les prestataires de santé et les patients, mise en place de protocoles thérapeutiques standards, ainsi que l’accessibilité à des données de qualité.

Selon lui, la digitalisation permet aux structures des soins d’augmenter leurs ressources financières et revenus : « Il y a une bonne traçabilité des fonds et recettes qui entrent dans la structure. Ainsi, il n’y a plus moyen de détournement des fonds ».

« La digitalisation du système de santé permet aux formations sanitaires (FOSA) d’acquérir une meilleure gestion des ressources financières notamment grâce à un enregistrement des recettes, à l’accélération du processus de recouvrement en cas de services à crédit, mais également à l’augmentation de la fréquentation enregistrée et d’une meilleure gestion des médicaments », a indiqué le secrétaire permanent au ministère de la Santé publique et de la lutte contre le Sida.

Il a expliqué que la digitalisation des services sanitaires a aussi des impacts non négligeables sur l’environnement : « Cette digitalisation permet, d’une part, une diminution considérable de la quantité de supports papiers actuellement utilisés par les formations sanitaires et d’autre part, le personnel qui passe à l’utilisation des outils informatiques gagne en estime de soi ».

En plus, fait-il savoir, l’informatisation permet aussi aux responsables des structures sanitaires de faire un bon suivi du personnel de la structure : « Leur prestation et qualité sont remarquées du jour au jour ».

Néanmoins, il estime que la réussite dans la mise en œuvre de ces réformes exige une amélioration des performances du système national de santé, du système communautaire et une collaboration intersectorielle pour une meilleure santé.
Selon le secrétaire permanent au sein du ministère de la Santé publique, l’objectif est d’étendre cette technique d’informatisation dans tous les hôpitaux et centres de santé dans tout le pays.

Des recommandations

Les participants dans l’atelier ont discuté sur les défis et ont formulé des recommandations pour la réussite et l’efficacité du plan national de digitalisation des services sanitaires.

« Il ne faut pas s’arrêter à informatiser les hôpitaux de district. Il faut étendre cette informatisation au niveau des hôpitaux communaux, des centres de santé ainsi que les formations sanitaires privées », recommande Dr Etienne Mugisho, arguant qu’on peut y arriver même si cela coûte assez cher.

Il explique que le coût d’informatisation d’un hôpital s’élève à plus ou moins 100 mille euros mais que pour lui, il y a moyen de passer à l’extension de cette informatisation de façon modulaire et échelonnée.
Et d’appeler les partenaires techniques et financiers à s’inscrire dans le plan national de développement de l’informatique sanitaire : « Il ne faut pas qu’ils continuent à rendre complexes les applications informatiques au niveau du pays ».

Les autres participants recommandent le renforcement des compétences des maintenanciers à tous les niveaux et élaborer un plan d’amortissement des équipements. Pour eux, il faut mettre en place un site web et une communauté de pratiques sur la digitalisation du secteur de la santé au Burundi ainsi qu’une interopérabilité de toutes les applications.

Signalons que le plan de digitalisation des services sanitaires s’étend de 2014 à 2024. Il s’inscrit dans le programme d’appui au système national d’informations sanitaires à travers la digitalisation, un projet du gouvernement du Burundi financé avec l’appui du gouvernement belge à travers son agence de développement Enabel.


Source: IWACU Burundi

By pr.web

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