Les stéréotypes et préjugés conduisent à un langage stigmatisant qui sème la haine et la zizanie, remet en cause le vivre-ensemble des communautés. Pour Arthémon Nduwimana, spécialiste en droit des affaires et professeur d’université, ces derniers provoquent la méfiance et freinent l’intégration régionale.

Les pays des Grands-Lacs et de l’Afrique de l’Est accélèrent leur intégration régionale. Cette dernière n’échappe pas aux préjugés ou stéréotypes entretenus par certaines communautés contre d’autres. « Nos communautés les entretiennent vis à vis des autres communautés est-africaine. Cela empêche de découvrir l’autre. Dans le contexte d’intégration régionale, les stéréotypes et préjugés peuvent freiner ou ralentir le processus », explique Arthémon Nduwimana, spécialiste du droit des affaires.

D’après lui, un préjugé est un avis préconçu, souvent imposé par le milieu, l’époque et l’éducation. Tout part de simples images, de constats, de perceptions erronées, d’affirmations gratuites. Et cela finit par mettre en place des idées admises sans preuve. Des clichés non fondés qui conduisent à la discrimination et à la diabolisation.

Début avril, des filles d’origine burundaise et rwandaise ont été victimes de stéréotypes et préjugés. Dans les provinces Goma et Bukavu, ces filles dont la plupart travaillent dans des bars, boîtes de nuit, terrasses, hôtels… ont été accusées de transmettre le VIH/SIDA. « La présence des filles d’origine burundaise et rwandaise est un danger pour la santé publique. Les Bukaviens et les Gomatraciens doivent être très prudents. La mort circule dans nos deux villes. Nos autorités doivent nous protéger », lance le chroniqueur congolais James Mukeshaba sur son blog.

La réaction de la société civile n’a pas tardé. « Ce genre de message menace la cohésion sociale entre les communautés de la sous-région qui vivent déjà dans la méfiance », a dénoncé Grâce Maroy, coordonnatrice de Mwanamke Kesho, une association de défense des droits de la femme.

Catalyseurs des conflits dans la région

L’étude intitulé « Les Mots Qui Tuent » réalisé en 2007 par le Réseau d’Analystes Régionaux, RAN et International Alert montre un panorama des préjugés et stéréotypes les plus répandus entre les communautés burundaise, rwandaise et congolaise.

Les Congolais sont perçus comme des faussaires, menteurs, coureurs de jupons, fêtards, peu sérieux, etc. Les Burundais sont ainsi qualifiés de dangereux, rancuniers et hypocrites, etc. Les Rwandais sont prétentieux, méprisants, mauvais et sans scrupules etc.

« Ls conflits violents qui ont marqué le Burundi, le Rwanda et les provinces du Kivu, ces cinquante dernières années, ont le plus souvent été provoqués par la discrimination, l’exclusion économique, sociale et politique. Dans le pire des cas, l’intolérance extrême des gens à l’égard d’une identité ethnique différente s’est manifestée par des massacres et des actes de génocide », conclut l’étude.

Selon Arthémon Nduwimana, l’absence d’une communication intercommunautaire franche est le principal facteur de reproduction de la méfiance intercommunautaire. La construction sociale de ces stéréotypes a des effets néfastes, touchant plusieurs domaines et remettant en cause l’intégration régionale. Un rapprochement culturel, dit-il, permettrait aux membres de diverses communautés de communiquer et donc de briser les barrières et les murs de la méfiance.

Il appelle le gouvernement, les médias, et les autres intervenants dans le domaine de l’intégration régionale à multiplier des efforts en accélérant l’harmonisation des programmes d’enseignement, en intensifiant les échanges culturels et sportifs, les formations et sensibilisations sur la culture est-africaine.


Source: IWACU Burundi

By pr.web