Le CNTA a reçu, en 2020, un don d’équipements de laboratoire octroyés par l’Union européenne par le biais du projet MarkUp. Malheureusement, les responsables d’unités de transformation ne sont pas toujours informés des activités du CNTA.

En plus du Bureau burundais de normalisation et du contrôle de la qualité (BBN), l’Union européenne au Burundi est allée au chevet des laboratoires du CNTA, le Centre national de technologie alimentaire.

D’une valeur de 122. 295 dollars, le don des réactifs, du matériel et des équipements de laboratoire de biochimie octroyés par le projet MarkUp Burundi permet au CNTA de faire le contrôle de la qualité des produits alimentaires spécialement les fruits et légumes ainsi que le café et le thé pour faciliter leur exportation.

Ces équipements servent pour l’analyse des mycotoxines et d’autres contaminants chimiques pouvant altérer la qualité des produits alimentaires.

Malgré les équipements octroyés aux laboratoires de CNTA pour augmenter et renforcer les analyses, ses bénéficiaires semblent ignorer ses services.

« J’ai commencé à travailler avec le CNTA le mois dernier », témoigne Eloge Niyomwungere, propriétaire d’une unité de transformation du piment, lancée en 2021.

Il explique qu’il préfère aller faire des analyses au BBN, car d’après lui, les prix sont moins chers au BBN qu’au CNTA : « Dernièrement, il y a une analyse que j’ai faite au BBN à 77 mille BIF, mais au CNTA, on m’avait dit que l’analyse est faite à 135 mille BIF ».

L’usine Totahara, fabricant de la farine de bouillie, salue une collaboration étroite avec le CNTA : « Ils nous donnent des conseils, nous montrent comment faire la transformation et des erreurs à corriger. Ils nous invitent aussi dans des formations dans lesquelles nous apprenons beaucoup sur les technologies de transformation ».

Néanmoins, elle déplore un manque de suivi de la part de ce centre. « En 2022, le CNTA nous a visités deux fois, mais c’était dans le cadre d’un autre programme de l’ambassade de France », indique Christella Ndayishimiye, propriétaire de cette usine. En 2020, le CNTA n’a effectué qu’une seule visite dans son usine.

L’existence de nouveaux équipements de laboratoires du CNTA reste inconnue pour certains responsables des usines de transformation.

« Je ne savais pas que le CNTA dispose des nouveaux appareils », confie la propriétaire de l’usine Totahara. Pour elle, ces équipements apporteront une plus-value dans les analyses faites par le CNTA.

Le CNTA apprécie l’appui du projet MarkUp

« Le don de matériel, des équipements et des réactifs que nous avons reçu de la part de MarkUp a contribué énormément et a renforcé la capacité de nos laboratoires pour faire bon nombre d’analyses qu’on ne pouvait pas faire avant », indique Pierre Sinarinzi, directeur général du centre national de technologie alimentaire (CNNTA).

A travers le projet MarkUp, ajoute-t-il, nous avons bénéficié aussi des formations par des experts. Selon lui, ces formations ont permis aux techniciens de laboratoire de se perfectionner et de pouvoir faire des analyses qui n’étaient pas faites dans le passé.

A titre d’exemple, il explique qu’avant la réception de ces équipements, il leur était difficile de faire l’analyse des aflatoxines qui se trouvent dans les céréales : « Les techniques d’analyse de ces toxines sont assez complexes et grâce à ces équipements et aux formations, nous serons bientôt en mesure de contrôler des aflatoxines dans les céréales ».

Et d’apprécier que le projet MarkUp continue d’accompagner les activités du CNTA : « Nous avons une très bonne appréciation des prestations du projet MarkUp. Il continue notamment à fournir des formations et à appuyer nos laboratoires dans le cadre d’un processus d’accréditation ».

Le directeur général de CNTA se réjouit que le processus d’accréditation de leurs laboratoires soit bien avancé. Selon lui, l’accréditation permettra aux laboratoires de CNTA d’être reconnus au niveau national et international. Ainsi, soutient-il, les producteurs burundais pourront facilement exporter leurs produits agro-alimentaires.

D’après lui, les laboratoires du CNTA sont actuellement bien équipés et disposent d’un personnel qualifié : « Ces équipements octroyés par l’Union européenne permettent de faire des analyses de tout genre pour vérifier la qualité des produits. Nous complétons le BBN qui est chargé de la certification. Pour le moment, nous avons une grande capacité de travail ».

Des défis restent encore à relever

Selon le directeur général du CNTA, certains responsables des usines de transformations hésitent à s’adresser à ce centre, car ils ne veulent pas payer pour les analyses laboratoires : « Les prix ne sont pas exorbitants. Cependant, certains opérateurs économiques n’aiment pas payer. Ils devraient savoir que le contrôle de la qualité de leurs produits et la mise en place du système de production performant leur permettent d’avoir des produits de qualité, compétitifs sur le marché national et international ».

Il rappelle que les frais pour les produits chimiques utilisés dans les analyses laboratoires viennent de l’extérieur et coûtent chers : « On a élaboré les tarifs qui permettent uniquement à nos laboratoires de subvenir aux petits besoins de fonctionnement. Les prix ne représentent pas le coût réel des analyses ».

Selon lui, les équipements fournis par le projet MarkUp ont aidé le CNTA à réduire les frais d’analyses, même si les bénéficiaires de ses services les trouvent encore élevés.

Pour lui, il faut sensibiliser les opérateurs économiques pour qu’ils acceptent que les frais d’accompagnement fassent partie des frais d’investissement.

En outre, Pierre Sinarinzi rappelle que les unités de transformation agro-alimentaire devraient s’adresser au CNTA : « Nous avons pour mission de les accompagner et de les amener à avoir des bonnes pratiques de transformations et à produire des produits de bonne qualité. Il faut qu’ils acceptent notre accompagnement ».

D’après lui, le CNTA doit suivre de près les activités de transformation de façon technique, évaluer les équipements et le personnel pour que le système de production soit fiable et garantit la fabrication des produits de bonne qualité. Et d’inviter tous ceux qui travaillent dans le domaine de transformation à s’adresser au CNTA pour qu’il puisse les accompagner.

Ces deux dernières années, le CNTA a accompagné environ 40 unités de transformation appuyées par le PAM et autres ONG : « Nous avons accompagné des unités appartenant aux associations et aux coopératives ayant bénéficié de l’appui des partenaires qui peuvent couvrir les frais d’accompagnement ».

Malgré l’acquisition des équipements et matériels de qualité, le directeur général du CNTA déplore l’insuffisance du personnel : « Les équipements sont suffisants. Le problème est qu’on n’est pas à mesure de les exploiter pleinement faute de personnel qualifié ».

Les laboratoires du CNTA ne comptent qu’une dizaine d’employés : « Nous avons besoin d’une vingtaine de cadres techniques. Nous envisageons de renforcer le volet recherche du centre pour développer davantage des technologies qui pourraient être diffusées à travers le pays ».

Pierre Sinarinzi déplore que le CNTA fonctionne sur base des textes anciens, ce qui fait que des conditions de travail ne sont pas attractives et ce qui entraîne parfois des départs des techniciens.

Il appelle les hautes autorités du pays à renforcer et à redynamiser ce centre pour qu’il puisse être efficace pour satisfaire les besoins du pays.

Pour rappel, le CNTA est doté de deux laboratoires : le laboratoire de Biochimie et celui de microbiologie. Les équipements, matériels et réactifs octroyés par le projet MarkUp sont pour le laboratoire de Biochimie.

Ce sont, entre autres, une hotte aspirante (pour la manipulation des produits chimiques dégageant des odeurs), une balance analytique, une centrifugeuse, un agitateur vortex, un agitateur rotatif, un frigo et un congélateur (pour la conservation des produits chimiques).

Le Programme d’amélioration de l’accès aux marchés « Mark Up » (Market Access Upgrade Programme), conçu conjointement par l’Union européenne avec le secrétariat général de la Communauté Est Africaine, est une initiative régionale qui vise à contribuer à la croissance économique de l’EAC.

Au Burundi, il a pour objectif d’améliorer l’infrastructure nationale de qualité afin de permettre au pays de respecter les mesures sanitaires et phytosanitaires.

Financé par l’Union européenne pour un montant de 3,680 millions d’euros, ce programme s’est particulièrement concentré sur la conformité aux normes de qualité et à la certification des trois laboratoires nationaux à savoir ceux du BBN, de l’ISABU et du CNTA.

Source: IWACU Burundi

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