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Une inflation à 26,8%, une alerte

La Banque de la République du Burundi (BRB) a publié, une bonne chose pour certains, une fréquence mensuelle de l’inflation au Burundi. En septembre de cette année, le taux d’inflation était de 20,9% (10,5% en 2021). Il est monté à 22,1% en octobre (9,9% en 2021) pour arriver à 26,8% au mois de novembre (8,7% en 2021).

« Or, si le taux de l’inflation arrive à 10%, c’est déjà une alerte. Mais on approche les 30%, la situation devient de plus en plus intenable. Des conséquences dramatiques pour un pays aussi pauvre que le Burundi où plus de 70% de la population vivent en dessous du seuil de la pauvreté », indique Faustin Ndikumana, directeur national de la Parcem. « Actuellement, cette inflation créé une tension dans la vie sociale. Au niveau macroéconomique, les gens commencent à perdre espoir. On voit des jeunes qui partent à l’étranger car ils n’ont plus confiance dans l’environnement macroéconomique actuel. »

Quid des causes ?

Selon M. Ndikumana, on a toujours une faible production agricole. « On a toujours occulté cette réalité. Dernièrement, les déclarations officielles disaient que la situation est bonne alors que c’est faux. » L’économiste analyse : atomisation des terres agricoles, manque de fertilisants, manque de semences sélectionnées, faiblesse du suivi d’encadrement de la vulgarisation agricole, faiblesse de la recherche scientifique en matière agricole, manque de mécanisation agricole digne de ce nom, …. Et de se poser une question : « Comment peut-on avoir une production suffisante ? »

D’après lui, il faut une professionnalisation des acteurs du secteur agricole. Faustin Ndikumana parle aussi de la spéculation qui est alimentée par les services publics et les hauts cadres de l’Etat. « La création de l’Anagessa. On achète, on stocke, on spécule. Une certaine quantité s’est avariée au vu et au su de tout le monde. Le gouvernement et les hauts cadres spéculent sur cette petite quantité produite. »

La rareté des devises est venue pour ajouter le drame au drame. « Un cours de change parallèle de 3500 BIF le dollar, c’est inimaginable. Il y a cette perte de valeur de la monnaie burundaise face aux devises étrangères. Si on n’inverse pas la tendance, la situation sera chaotique très prochainement. »

Autre élément qui explique cette inflation est la mobilité des biens et services dans le pays : l’état des routes, le carburant. « Quand le carburant se rarifie, ce sont les services de transport qui sont paralysés. Le temps qu’on passe sur les files d’attente, le temps pour transporter les marchandises. Sans le développement du secteur des transports, la situation du commerce est problématique. » Pour le directeur national de la Parcem, le transport des biens et services est un élément fondamental si on veut gérer l’inflation ou l’augmentation des prix.

Que faire ?

Dans l’urgence, indique Faustin Ndikumana, les mesures seraient d’abord de faire une analyse pragmatique de la réalité. « Il faut libéraliser le commerce. Il faut casser ces monopoles qui cachent même une odeur de corruption. » Il faut également trouver une solution à cette crise des devises. Selon M. Ndikumana, les chemins pour avoir les devises sont connus : l’aide au développement, approcher les bailleurs car il y a des institutions qui peuvent accorder des crédits si la confiance est retrouvée, les exportations, un potentiel touristique inexploité, …

En plus, il faut détaxer ces produits agricoles car les taxes appliquées sont extrêmement élevées. « Il faut une politique fiscale responsable qui est considérée comme l’un instrument de croissance économique et non pas considérer que politique fiscale se centre seulement à la collecte des recettes fiscales à tout va sans analyser les dommages collatéraux inhérents à une mauvaise politique fiscale. »

Source: IWACU Burundi