Certaines femmes, après l’accouchement, ne vivent plus une sexualité épanouie, à cause du relâchement du périnée, les muscles s’étendant entre le pubis et le rectum jouent un rôle important dans le plaisir sexuel. Bonne nouvelle, les centres de kinésithérapie ont apporté une solution.

Le traumatisme de C.N., maman de trois enfants âgée de 32 ans, saute aux yeux. Elle a accouché de son 3e enfant, il y a deux mois. Avec 4kg 600, le bébé a peiné à sortir. La maman, qui accouchait par voie basse, a subi une 2e épisiotomie (incision dans le bas du vagin pour faciliter le passage du bébé au moment de l’accouchement), malgré qu’elle ait eu des déchirures au précédent accouchement. Pourtant, la dernière échographie avait montré un bébé de 3kg 800. Elle parle d’une erreur médicale et devait normalement subir une césarienne.

Cette jeune femme a eu des déchirures du périnée, lors de chaque accouchement de ses trois enfants par voie basse. Avec le 2e enfant né avec 4kg, les déchirures étaient plus graves. « Elles s’étendaient jusqu’au clitoris. Je ne sentais plus mon pubis. Mon sexe semblait déformé », témoigne cette maman rencontrée au centre de référence de kinésithérapie à l’hôpital roi Khaled.

Avec ces déchirures, C.N. confie avoir perdu son plaisir sexuel : « Je ne ressens plus rien. » Elle n’ose pas le raconter à son mari. Elle craint aussi que son partenaire n’éprouve plus de plaisir. Son vagin s’est élargi.
Cette maman affirme que ces déchirures ne guérissent jamais définitivement. Quand elle va au petit coin, elle ressent des brûlures au niveau du clitoris et a une sensation de déchirure quand elle va à la selle, en cas de constipation.
Après ce 3e accouchement, son gynécologue lui a prescrit dix séances de kinésithérapie.

La rééducation périnéale, la meilleure solution

Certains centres de kinésithérapie offrent un remède efficace mais méconnu des femmes, la rééducation du périnée. C’est notamment au Centre national de référence de kinésithérapie et réadaptation médicale au CHUK, qui a déjà reçu 70 cas de femmes, depuis 2021, qui ont subi le relâchement du périnée.

D’après le kinésithérapeute Pierre Ndayishimiye, la rééducation périnéale doit en général être faite à toute femme qui vient d’accoucher surtout par voie basse. Car le périnée, qui soutient le poids de la grossesse et subit des déchirures lors de l’accouchement, ne garde plus sa tonicité.

Malheureusement, témoigne ce kinésithérapeute, la plupart de femmes viennent consulter quand ce relâchement du périnée a commencé à produire ses effets. Cela peut être une incontenance urinaire (fuites urinaires due à la perte de contrôle de la pression urinaire) ou les descentes d’organes (prolapsus génitale) surtout l’utérus, la vessie ou le rectum. Des pathologies dues au relâchement des muscles du périnée qui soutiennent ces organes génitaux.

Selon ce vice-président de l’association des kinésithérapeutes du Burundi, cette faiblesse est causée par le poids de la grossesse que ces muscles périnéaux ont supporté, les poussées de l’accouchement ou l’épisiotomie. « Et plus les accouchements deviennent nombreux, plus le périnée se fragilise». Il souligne que l’obésité peut aussi être un facteur de relâchement du périnée.

Ce kinésithérapeute, qui a pratiqué la rééducation périnéale, affirme que le cas le plus grave auquel il a assisté est celui d’une sexagénaire ayant subi une descente de la vessie (cystocèle), laquelle se retrouvait à l’extérieur à cause du relâchement des muscles du périnée. Pour ce cas, la rééducation n’est plus efficace. Il faut d’abord une opération pour remettre l’organe à sa place, selon Pierre Ndayishimiye.

Au grand risque de perdre le plaisir sexuel

Le kinésithérapeute Pierre Ndayishimiye affirme que le relâchement des muscles du périnée chez la femme peut engendrer des conséquences fâcheuses sur la sexualité du couple. Car cette faiblesse des muscles entraîne la perte de tonicité du sexe. « L’orifice (l’entrée du vagin) devient très large et le partenaire perd son plaisir sexuel». La rééducation du périnée permet donc aux muscles de retrouver leur tonicité.

D’après lui, cette thérapie se fait d’abord par une électrostimulation pour faire découvrir et sentir à la patiente ce qu’est le périnée. Puis à l’aide d’un appareil, le biofeedback, on renforce les muscles du périnée en demandant à la patiente de faire les contractions du vagin et du périnée. « Parfois, l’on fait face à des patientes qui ne sont plus capables de faire aucune contraction».

Pour une guérison rapide, explique M. Ndayishimiye, il est recommandé aux patientes de continuer ces exercices à la maison. Par exemple en cas d’ « incontenance urinaire à l’effort » (fuite urinaire due à un effort quelconque comme tousser, éternuer, soulever un objet lourd, etc.), il faut rentrer le ventre pour diminuer la pression abdominale et éviter les fuites.

D’après ce kinésithérapeute formé au Bénin, les Burundaises ignorent cette thérapie. La faute incombe aux médecins, les gynécologues en particulier, qui devraient prescrire ces séances. Car, dans ce centre, les rééducations ne se font que sur ordonnance du médecin.

Source: IWACU Burundi

By pr.web

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